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Je collectionne cartes et renseignements sur la zone. En avril 1994, c’est à dire presque un an après, mes parents me font LE cadeau, peut être un des plus beaux de ma jeunesse. Nous irons à Mequinenza en camping car !
Vous ne pouvez imaginer ce que j’ai ressenti lorsque j’ai touché l’eau de l’Ebre pour la première fois. Nous commençons par le lac amont, l’Embalse de Caspe, une petite pointe appelée « El Mas de la Punta », que m’avait indiqué René Vincent, détaillant d’articles de pêche à Pau.
Armé de mon petit zodiac orange, d’une canne à lancer et de quelques leurres souples, je me lance à prospecter les berges, les dalles de pierre où sont cachés les blacks. Le lac est si grand qu’il me semble être une mer. Je fais rapidement mes premières prises. Henri Limousin n’avait pas menti, le paradis est bel et bien là !
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Descente au lac du bas, le fameux Mequinenza, l’eldorado. Je me souviens d’une photo faite devant le panneau de l’entrée du village. J’y étais…Nous installons le camping-car en amont, à la confluence entre le Segre et le Cinca, une zone maintenant en réserve. Le niveau de l’eau est haut. Je pars en dérive avec une grosse carpe montée en vif sur une canne, et un lancé muni d’une grosse ondulante. Dans une retourne, au raz de la berge, le gros flotteur coule. Non, ce n’est pas un accrochage. Mon cœur cogne. Je ferre. La défense est lourde, mais il ne peut s’agir d’un silure. Un gros sandre apparaît en surface. Content, mais ce n’est pas le monstre qu’Henri Limousin hissait sur sa barque dans la photo du reportage…
Nous déplaçons le camping-car vers une zone plus aval. Le coin est rempli de bois morts, d’anciens vergers engloutis par la montée des eaux du barrage. Le secteur est envahi de carpeaux de un à trois kilos qui plient ma canne anglaise. Les prises se succèdent. C’est le bonheur.
A côté de moi, une ligne à vif est tendue avec une petite ablette, et les sandres se font prendre à bonne cadence. Une ligne à silure est fixée sur ma plus grosse canne en verre plein, la seule qui me reste. Le carpeau travaille sous la surface accroché à un arbre mort par un brin cassant. Pourtant, pas de touches. Le weekend prolongé touche à sa fin. Je n’ai pas pris de silure, ce sera pour une autre fois, mais au fond de moi, j’en suis malade. |
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Ma deuxième expédition à Méquinenza est organisée en mai 1995 par René, qui connait bien le secteur. Elle est axée sur le silure que nous traquons avec sa barque « drackovitch » en aluminium. Nous prospectons au poisson mort manié autour touffes de roseaux. Pas d’attaques, jusqu’au dernier après-midi. Là, sur une remontée de sable, l’eau se soulève littéralement sous le leurre de Réné, une queue immense jaillit hors de l’eau…le poisson file vers le lit principal du fleuve. Ca y est, nous tenons notre silure ! Je me contente de diriger la barque avec les rames tandis que René essaie de brider le silure. En fait, c’est plutôt le poisson qui nous trimbale que l’inverse. Peu à peu le poisson se rend et nous le hissons dans la barque dans des hurlements de joie. Enfin je peux contempler de près ce poissons mythique. Des pêcheurs allemands nous aident à peser le poisson. 35 kg. C’est gros, mais la prochaine fois, ce sera mon tour… |

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Méquinenza acte III. Juin 1996. Cette fois, j’ai passé mon permis de voiture, et c’est en R5 et avec mon ami basque Jon que nous repassons les Pyrénées et retournons à l’aventure. Le matériel a évolué. Je me suis acheté une Mitchell Mac silure, et nous avons fabriqué des leurres, ça va barder. Nous nous installons dans une ruine en bordure du lac, juste en face de Méquinenza. L’activité sur l’eau est intense et dès le premier soir au lancer, Jon touche un monstre, un silure énorme qui se rue plusieurs fois dans les bois morts. Sa canne est trop faible pour le monter, et au bout d’une heure, c’est la casse. Nous nous retrouvons de nuit en plein milieu du lac, sans pouvoir dire un mot. La force du poisson était extraordinaire.
Le lendemain, nous attaquons de nouveau aux leurres, et je fais enfin mon premier silure, pas un gros, vingt kilos environ, mais je suis comblé. Entre temps nous pêchons les carpeaux, toujours aussi nombreux. Et le dernier jour, se produit le miracle, l’événement. Il est 13h. Le soleil tape dur et nous abordons une zone très peu profonde. J’expédie devant moi ma grosse cuiller tournante, une Giant killer orange fluo.
A la chute du leurre, formidable attaque, un remou d’une taille gigantesque. Je ferre. Le poisson réagit dur dans une fuite éperdue. Plusieurs fois, je contourne les obstacles où il tente de se réfugier. Il laisse échapper des bulles et commence à monter. L’eau boueuse nous empêche de voir le poisson, la tension est à son comble, et soudain il crève la surface. Nous le hissons dans le zodiac. Nous l’avons ! Il est impossible de le peser, 2,06 m, environ 60kg. C’est mon plus gros poisson. Et « Viva Espagna ! » |
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Dès lors, la fièvre des pêches espagnoles se renforce et aidé par Dominique un autre ami fanatique de ces pêches, nous organisons de véritables « raids silures ». A chaque fois que nous le pouvons, nous passons les cols Pyrénéens et retrouvons les riches eaux de la province d’Aragon. Les paysages arides et le ciel azur contrastent tant avec mon verdoyant et pluvieux Béarn.
J’ai rarement vu de fleuves et de rivières et de lacs aussi riches, où tant d’espèces sportives cohabitent. Silures, sandres, brochets, black bass et carpes se rencontrent en quantité dans un rayon de quelques dizaines de kilomètres. Mais ce sont les grands silures qui sont le plus fascinants. La région de Mequinenza abrite des silures énormes qui dépassent fréquemment les 70 kg. Ils se goinfrent d’ablettes de carpes et d’écrevisses à longueur d’année. Leur croissance est de ce fait très rapide.
Nous traquons les grands silures au lancer de leurres le long des roselières, au fond des bras morts et autour des arbres immergés. Cette recherche est passionnante et dans l’eau trouble, leurs attaques sont spectaculaires et offrent de rudes combats.
Je me souviens d’une nuit où les silures avaient bloqué les ablettes dans les anses et chargeaient gueule ouverte dans les boules de petits poissons. Le bruit de leurs chasses était incroyable. Nous avons pris les lancers armés de rapalas shad rap qui n’ont pas tardé à se faire gober par ces gueules énormes.
D’autres lacs de barrage comme Santa Ana, Caspe ou la rivière Gallego offrent de très bonnes possibilités pour pêcher les brochets, les sandres et les black bass. La rigoureuse gestion espagnole y est pour beaucoup dans la préservation de ces sites et espérons que ce sera encore pour longtemps.
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